Jim Carrey face au 23 : l’étrange obsession derrière le film

7 Mar 2026 | Articles

Fin février 2026, à Paris, l’Olympia rend à Jim Carrey la lumière des grands soirs. L’acteur est honoré d’un César d’honneur.

L’image est forte, le comédien au jeu élastique, inoubliable visage de The Mask, est célébré comme un acteur à part entière, bien au-delà de ses grimaces devenues cultes.

Dans une filmographie quasi entièrement dévolue à la comédie, Le Nombre 23 (The Number 23) sorti en salles en 2007, fait figure d'ovni absolu !

Porté par un Jim Carrey à contre-emploi, Le Nombre 23 s’impose comme un thriller psychologique où une simple idée fixe se transforme en obsession dévorante, jusqu’à envahir le réel lui-même.

Walter Sparrow (Jim Carrey) mène une vie banale avec sa femme Agatha et leur fils, jusqu’au jour où, pour son anniversaire, celle‑ci lui offre un étrange roman dont le héros est un détective obsédé par le nombre 23.

Le 23 : simple coïncidence ou véritable synchronicité ?

Chez Carl Gustav Jung, une synchronicité, c’est une coïncidence qui prend un sens pour la personne qui la vit, sans qu’on puisse relier les événements par une chaîne de causes à effets évidente. Jung a décrit la synchronicité comme un principe de « connexion acausale » : les événements ne sont pas liés par une cause matérielle, mais par le sens qu’ils prennent pour le sujet. Autrement dit, si l’on veut parler sérieusement de « coïncidences significatives », il faut d’abord se demander ce qui reste dans le domaine du probable… et ce qui, statistiquement, commence vraiment à sortir de l’ordinaire.

En plongeant dans le roman, Walter reconnaît des épisodes clés de sa propre vie, jusqu’à être persuadé de voir le 23 partout. Il additionne lettres, dates et numéros comme autant de « preuves » que ce chiffre hante son existence, jusqu’à ce que le récit se confonde dangereusement avec sa propre réalité.

Ce qui rend l’ensemble encore plus troublant, c’est que ce « 23 » ne relève pas uniquement du ressort scénaristique. Dans la communication autour du film, Jim Carrey a lui-même nourri l’idée d’un lien privilégié avec ce chiffre — au point de baptiser sa société JC23 — et de présenter le 23 comme une sorte de « jeu » avec l’univers… Car, dans la vraie vie, l’acteur s’amuse lui aussi à chercher ce chiffre partout autour de lui, comme une suite de coïncidences avec laquelle il choisit de jouer à ses heures perdues !

Alors, la récurrence du 23 n’est‑elle que le fruit du hasard, ou au contraire un nombre qui revient vraiment sous forme de synchronicités ?

Le mystère du nombre 23

Des faits réels aux coïncidences les plus troublantes

Parmi les faits, vérités et événements troublants ayant un rapport direct avec le nombre 23, citons notamment :

Histoire et religion :
  • 323 av. J.-C. — Mort d’Alexandre le Grand
  • Jules César est assassiné le 15 mars 44 av. J.-C., après avoir reçu, selon la tradition, 23 coups de poignard.
  • La révélation du Coran s’est étendue sur près de 23 années.
  • Le Livre des Psaumes, le plus long de la Bible, est le 23e livre de l'Ancien Testament, le Psaume 23 (« L'Éternel est mon berger ») étant le plus célèbre de tous.
Dates clés :
  • Le Sabbat des sorcières se tient le 23 juin.
  • Le 23 novembre 1407, le Frère du roi Charles VI, Louis d’Orléans est assassiné sur l’ordre de Jean sans Peur. Cet assassinat ouvre une crise majeure qui précipite l’affrontement entre Armagnacs et Bourguignons.
  • Le 23 mai 1430, Jeanne d’Arc est capturée par les Bourguignons à Compiègne. C’est un tournant majeur de la guerre de Cent Ans.
  • Le 23 décembre 1588, Henri III fait assassiner le duc de Guise, l’un de ses plus dangereux rivaux en pleine guerre de Religion.
  • La Défenestration de Prague, survenue le 23 mai 1618 au château de Prague, constitue un épisode emblématique de la résistance bohémienne à l’autorité des Habsbourg et est souvent présentée comme l’un des événements déclencheurs de la guerre de Trente Ans.
  • William Shakespeare est né et décédé un 23 avril.
  • Le 23 février, la Révolution de 1848 s’embrase à Paris avec la fusillade du boulevard des Capucines qui précipite la chute de la monarchie de Juillet.
  • Le 23 mars 1918, l’artillerie allemande frappe Paris. Le bombardement marque durablement les esprits pendant la Première Guerre mondiale.
  • Le 23 mars 1919 marque la fondation des Fasci Italiani di Combattimento, mouvement créé et dirigé par Benito Mussolini, généralement considéré comme une étape décisive dans la genèse du fascisme italien.
  • Le 23 mars 1933, l’adoption à Berlin de la loi d’habilitation autorisa le gouvernement d’Adolf Hitler à légiférer sans passer par le Parlement, consacrant ainsi une étape décisive dans la mise en place de la dictature en Allemagne.
  • Bonnie et Clyde, les gangsters légendaires des années 30, ont été abattus le 23 mai 1934, à 9h15 du matin.
  • Le 23 août 1939, le pacte de non-agression germano-soviétique, dit pacte Molotov-Ribbentrop, est signé à Moscou ; il s’accompagne de protocoles secrets définissant des sphères d’influence en Europe de l’Est, ce qui en fait une date majeure dans l’histoire géopolitique du XXe siècle.
  • Le 23 octobre 1940, l’ entrevue de Montoire entre Pétain et Hitler devient le symbole de la collaboration d’État engagée par le régime de Vichy avec l’Allemagne nazie.
  • Chez Bell Labs, le transistor est présenté publiquement le 23 décembre 1947, sans lui, pas d’électronique moderne, pas d’ordinateurs personnels, pas de smartphones.
  • Le 23 mai 1949 correspond à une date fondatrice pour l’Allemagne de l’Ouest : c’est ce jour-là que la Loi fondamentale (Grundgesetz), texte constitutionnel du nouvel État ouest-allemand, fut promulguée, marquant son entrée dans sa forme institutionnelle.
  • Chaque année, le 23 juillet, l’Égypte célèbre la Journée de la Révolution, qui commémore le coup d’État du 23 juillet 1952, à l’origine de la chute de la monarchie et de l’instauration de la république.
  • L’insurrection de Budapest éclate le 23 octobre 1956, marque le début de la Révolution hongroise, avant d’être brutalement réprimée par l’intervention soviétique au début du mois de novembre.
  • Le 23 avril 1961, le général de Gaulle appelle les Français et l’armée à faire échouer le putsch des généraux.
  • En Espagne, le 23 février 1981 — passé à la postérité sous le nom de 23-F — demeure l’un des épisodes les plus marquants de la transition démocratique ; la tentative de coup d’État avortée ce jour-là a durablement inscrit cette date dans la mémoire politique du pays.
  • La catastrophe nucléaire de Tchernobyl a eu lieu à 1h23 (heure locale) dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, et son emplacement géographique au Nord était précisemment 51°23'23N.
  • Référendum sur le Brexit : le Royaume-Uni vote en faveur de sa sortie de l’Union européenne le 23 juin 2016.
  • La date du 23 avril correspond à la mort, la même année, de plusieurs grands écrivains, dont Miguel de Cervantès, William Shakespeare et l’Inca Garcilaso de la Vega, tous en 1616. C’est la raison pour laquelle l’UNESCO a choisi ce jour comme symbole mondial de la littérature, afin de rendre hommage aux auteurs et, à travers eux, de célébrer le livre et la lecture.
Sur le plan biologique et physique :
  • La Terre tourne sur un axe de 23°.  Le Tropique du Cancer, situé vers 23°27′ N, correspond à la latitude où le Soleil peut se trouver au zénith à midi (au solstice d’été de l’hémisphère Nord), et la même logique vaut pour le Tropique du Capricorne au Sud au cours de l’année.
  • Le 23 est aussi présent dans des constantes fondamentales du Système international (SI) : la brochure du SI fixe notamment (i) la constante de Boltzmann à 1,380 649 × 10⁻²³ J/K (le “−23” fait partie du nombre), et (ii) la constante d’Avogadro à 6,022 140 76 × 10²³ mol⁻¹ (le “10²³” est cette fois au numérateur).
  • En chimie, le vanadium est l’élément chimique de numéro atomique 23.
  • Chez l'homme, le nombre de cellules nerveuses commence à décliner dès 23 ans ;
  • Le corps humain possède 46 chromosomes, soit 23 légués par chaque parent ;
  • Le cycle du rythme biologique physique masculin est de 23 jours.
  • La colonne vertébrale adulte compte classiquement 23 disques intervertébraux (6 cervicaux, 12 thoraciques, 5 lombaires),
Numérologie des évènements :
  • Le Titanic percuta un iceberg à 23h40 (souvent arrondi à la 23e heure dans les récits) le 15 avril 1912 (1 + 5 + 4 + 1 + 9 + 1 + 2 = 23).
  • Les États-Unis ont déclaré la guerre à l'Allemagne le 11 décembre 1941 (11 + 12 = 23).
  • Adolf Hitler se suicida en avril 1945 (4 + 1 + 9 + 4 + 5 = 23).
  • Le bombardement d'Hiroshima eut lieu le 6 août 1945 (6 + 8 + 1 + 9 + 4 - 5 = 23).
  • Les attentats du 11 septembre 2001 : l'addition des chiffres de la date (11 + 9 + 2 + 1) donne 23.
  • Enfin, le 21 décembre 2012 (20 + 1 + 2 = 23) a fortement marqué l’imaginaire collectif, car cette date fut largement présentée comme celle de la “fin d’un monde” dans certaines lectures contemporaines du calendrier maya. En réalité, elle correspondait en réalité à l’achèvement d’un grand cycle de leur calendrier, et non à une prophétie de fin du monde.
Culture populaire :
  • Dans le monde du sport, Michael Jordan et LeBron James, considérés comme les deux plus grands joueurs de l'histoire du basket, ont tous deux porté le numéro 23.
  • Le footballeur, David Beckham a porté le numéro 23 au Real Madrid, puis plus tard au LA Galaxy ; ce choix est attribué à l’admiration qu’il vouait à Michael Jordan, dont le 23 est devenu emblématique.

Quand William Burroughs fait du 23 le nombre de la mort

Au début des années 60, lors d’un voyage au Maroc le romancier américain, William S. Burroughs — figure centrale de la Beat Generation — fait la connaissance d'un certain « Capitaine Clark ». Ce dernier assure une liaison maritime entre Tanger et l'Espagne et confie à Burroughs qu'il navigue depuis 23 ans sans le moindre accident. Le jour même, le ferry de Clark fait naufrage, entraînant la mort de tous ses passagers.

Dans la foulée, la radio annonce le crash du vol 23 New York-Miami, 23 minutes après le décollage. Le nom du pilote ? Clark.

Marqué par cette synchronicté tragique, Burroughs commençe alors à compiler scrupuleusement toutes ses observations liées au nombre 23.

Parmi celles-ci, l’une des plus étonnantes concerne le gangster new-yorkais Dutch Schultz, de son vrai nom Arthur Flegenheimer, enrichi par la contrebande d’alcool puis par les loteries clandestines.

Burroughs releva que Vincent “Mad Dog” Coll, un gangster irlando-américain devenu l’un des rivaux de Schultz, fut abattu dans la 23e Rue à New York alors qu’il était âgé de 23 ans. Il est souvent avancé que ce meurtre fut lié au milieu de Schultz, sans que la responsabilité exacte en ait jamais été établie avec certitude. Plus troublant encore, Schultz lui-même fut criblé de balles le 23 octobre 1935. Quant à Charles “The Bug” Workman, le seul homme condamné pour ce meurtre, il passa environ vingt-trois ans en prison avant d’être libéré sur parole.

Pour Burroughs, la conclusion était sans appel : le 23 était le nombre de la mort.

En outre, les archives montrent que le nombre 23 et l’expression “23 skidoo” relèvent pleinement de l’imaginaire culturel de William S. Burroughs. L’inventaire de ses papiers conservés à la New York Public Library mentionne en effet un court texte intitulé “23 Skidoo”, publié d’abord dans la Transatlantic Review.

Quant à l’expression elle-même, elle appartient au slang américain du début du XXᵉ siècle et signifie, en substance, “décampe”, “va-t’en” ou “file d’ici”. Sa diffusion dans la culture populaire de l’époque est bien attestée, notamment dans des chansons, des illustrations et des cartes postales.

Apophénie et nombre 23,

pourquoi nous voyons du sens partout ?

Au fond, le nombre 23 vaut peut-être moins par ce qu’il “prouve” que par les interprétations qu’il suscite. À force de revenir dans les récits, les dates, les symboles ou les obsessions personnelles, il finit par cristalliser les coïncidences. Or la psychologie désigne ce phénomène sous le nom d’apophénie, la tendance humaine à percevoir des liens, des motifs ou du sens entre des éléments épars.

Cela ne veut pas dire que toutes les coïncidences soient illusoires ou qu’elles relèvent d’une force supérieure ; cela rappelle simplement que, face à certaines répétitions troublantes, l’esprit humain cherche spontanément à donner du sens au hasard.

C’est dans cet entre-deux, entre probabilités, perception subjective et impression de synchronicité, que le Nombre 23 conserve tout son pouvoir de fascination, dans le réel comme dans la fiction.

👁️ L’ombre du 23 s’éclipse peut-être… à moins qu’elle ne soit déjà en train de ressurgir ailleurs.

Sources & références

William S. Burroughs, William S. Burroughs Papers, 1951‑1972 [bulk 1958‑1972], New York, The New York Public Library, Berg Collection of English and American Literature, inventaire en ligne, consulté en 2026.

William S. Burroughs, William S. Burroughs Papers, New York, The New York Public Library, Berg Collection of English and American Literature, finding aid (PDF), consulté en 2026.

William S. Burroughs, « 23 Skidoo Eristic Elite », International Times, Londres, 1967 (référencé dans : Eric C. Shoaf, Anything But Routine: A Selectively Annotated Bibliography of William S. Burroughs, v. 1.0‑4.0, eScholarship, University of California).

Eric C. Shoaf, Anything But Routine: A Selectively Annotated Bibliography of William S. Burroughs v. 2.0, Irvine, University of California, eScholarship, 2010.
« Twenty‑three skidoo », notices idiomatiques et étymologiques de l’anglais américain (par ex. sites de dictionnaires d’expressions), consultées en 2026.