Le Ouija n’a pas toujours suscité la méfiance qu’on lui connaît aujourd’hui. À la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, il était surtout associé aux pratiques spirites et aux jeux de salon, bien loin de l’objet inquiétant qu’il allait devenir par la suite.
Ce changement d’image doit beaucoup au cinéma, et en particulier au film L’Exorciste, sorti en 1973, qui a profondément ancré dans l’imaginaire collectif l’idée d’un Ouija lié à la possession, au danger et au contact avec des forces incontrôlables. Depuis, sa réputation sulfureuse ne l’a plus vraiment quitté.
La science propose une autre explication. Le mouvement de la planchette serait lié à l’effet idéomoteur. Les participants effectueraient, sans s’en rendre compte, de très légers mouvements musculaires suffisants pour la faire bouger. Une lecture rationnelle qui n’empêche pas de nombreux pratiquants de voir dans le Ouija un véritable moyen de communication avec l’invisible.
Entre ces deux approches, une chose est sûre : une séance de Ouija ne s’improvise pas. Si l’on décide de tenter l’expérience, mieux vaut connaître les règles traditionnellement recommandées pour la préparer, la mener et surtout la clôturer dans de bonnes conditions. C’est précisément l’objectif de ce guide : vous accompagner, étape par étape, à travers les principales précautions et bonnes pratiques à connaître avant, pendant et après une séance de Ouija.
I. La préparation de la séance — La phase préliminaire
La réussite et le bon déroulement d’une séance de Ouija dépendent avant tout du choix du lieu, des participants et du matériel utilisé. Rien ne doit être laissé au hasard avant de tenter le moindre contact.
Le choix des participants est déterminant. Une séance de Ouija doit réunir des personnes sérieuses, calmes et en confiance les unes avec les autres. Elle est en revanche déconseillée aux mineurs, aux personnes immatures ou à celles qui traversent une période de fragilité psychologique ou émotionnelle.
Le nombre de participants a également son importance. Pour favoriser une bonne dynamique de groupe et maintenir une concentration commune, il est généralement recommandé de mener la séance à trois, cinq ou, au maximum, sept personnes.
Au centre du groupe, deux participants sont directement chargés de manipuler la planchette. Installés face à face, les genoux presque en contact, ils tiennent de préférence la planche de Ouija en équilibre sur leurs jambes plutôt que de la poser sur une table. Traditionnellement, ce binôme est composé de préférence d’un homme et d’une femme. Cette association est censée favoriser un équilibre entre des polarités considérées comme complémentaires : actives et passives, positives et négatives. Sur le plan métaphysique, cette dualité est parfois rapprochée de l’union de Siva et Sakti ou de Chokmah et Binah dans l’Arbre de Vie qabalistique.
Les deux opérateurs posent ensuite très légèrement l’index et le majeur de chaque main sur les bords de la planchette, sans exercer de pression ni chercher à orienter volontairement son déplacement.
Une troisième personne joue également un rôle essentiel. Placée en dehors du binôme afin de ne pas perturber sa concentration, elle est chargée de consigner les réponses données par la planchette, y compris lorsqu’elles s’enchaînent rapidement. Elle doit également noter l’heure exacte de la séance et signaler tout phénomène physique ou sensoriel inhabituel : variation de température, courant d’air, bruit inexpliqué ou coups entendus dans la pièce.
La préparation du lieu et du matériel constitue la dernière étape avant de commencer la séance. Il est recommandé de nettoyer soigneusement la planche avec un chiffon doux ou un tissu sec afin d’éliminer toute poussière ou trace d’humidité susceptible de gêner le déplacement de la planchette.
L’atmosphère et le matériel peuvent ensuite être purifiés en faisant brûler de la sauge ou du romarin. Il est également conseillé d’éteindre les appareils électroniques (téléphones, ordinateurs, enceintes, box Internet, consoles, TV, radios, etc), présents dans la pièce, afin de limiter les éventuelles interférences susceptibles de perturber la séance.
L’éclairage est de préférence assuré par des bougies blanches disposées à l’intérieur d’un cercle qui entoure le Ouija
Enfin, selon certaines traditions ésotériques, chacun est invité à fermer les yeux quelques instants et à visualiser une lumière blanche descendant depuis le sommet du crâne, au niveau du chakra coronal (Sahasrara). Cette lumière est censée envelopper le corps, puis se diffuser dans toute la pièce. Les participants imaginent ensuite cette même lumière gagner toute la pièce et se rejoindre pour former autour du groupe un cercle ou une sphère lumineuse parfaitement fermée.
Une fois cette protection mentalement établie, l’un des participants prononce d’une voix ferme une prière destinée à renforcer symboliquement le cercle et à écarter toute présence jugée malveillante. Parmi les textes traditionnellement utilisés figure cette prière extraite de L’Évangile selon le spiritisme, chapitre XXVIII, de Allan Kardec : « Au nom de Dieu tout-puissant, que les mauvais esprits s’éloignent de moi, et que les bons me servent de rempart contre eux ! Esprits malfaisants, qui inspirez aux hommes de mauvaises pensées ; Esprits trompeurs et menteurs, qui les abusez ; Esprits moqueurs, qui vous jouez de leur crédulité, je vous repousse de toutes les forces de mon âme, et je ferme l’oreille à vos suggestions ; mais je demande pour vous la miséricorde de Dieu. Bons Esprits qui daignez m’assister, donnez-moi la force de résister à l’influence des mauvais Esprits, et les bonnes pensées qui me mettront à l’abri de leurs suggestions. Préservez-moi de l’orgueil et de la présomption ; éloignez de mon cœur la jalousie, la haine, la malveillance et tout sentiment contraire à la charité, qui sont autant de portes ouvertes au mauvais Esprit. » Allan Kardec, L’Évangile selon le Spiritisme, ch. XXVIII, II.
II. Le déroulement de la séance et la communication — La phase active
Une fois le lieu préparé et les participants installés, la séance peut véritablement commencer.
Les deux opérateurs s’installent face à face, les genoux presque en contact, de manière à maintenir la planche en équilibre sur leurs jambes. Ils posent ensuite très légèrement l’index et le majeur de chaque main sur les bords de la planchette.
Le contact doit rester aussi léger que possible. Une pression trop forte ou un mouvement volontaire risquerait de fausser l’expérience.
Pour vérifier ce point, on peut appliquer un test attribué à Hester Travers Smith, médium et auteure irlandaise du début du XXᵉ siècle, connue pour ses expériences avec l’écriture automatique et la planchette : si l’un des deux opérateurs retire brusquement ses doigts et que la planchette bascule vers l’autre, cela signifie que ce dernier exerçait une pression excessive.
Au moment de commencer la séance, les opérateurs doivent adopter un état d’esprit calme et détendu. L’objectif n’est pas de se concentrer de manière excessive, mais au contraire de rester disponible, presque en retrait, afin d’observer le mouvement sans chercher à le provoquer. Ils doivent, autant que possible, devenir de simples spectateurs de ce qui se produit, dans un état proche de celui que l’on connaît lorsqu’un geste familier s’accomplit presque de lui-même, comme lorsqu’on marche sans penser à chacun de ses pas.
Si la planchette du Ouija reste immobile au bout de quelques minutes — ce qui est assez fréquent —, les opérateurs peuvent commencer par lui faire effectuer doucement quelques mouvements circulaires ou en forme de huit. Cela permet d’amorcer le mouvement et de lancer la séance.
Le dialogue commence par une question simple, claire et formulée avec respect. Pour éviter que plusieurs personnes ne parlent en même temps, un seul participant est chargé de poser les questions au nom du groupe.
Traditionnellement, la séance débute par une formule très simple : « Y a-t-il quelqu’un ici ? » Si Le Ouija commence à répondre, il est préférable de poursuivre avec des questions courtes appelant d’abord un « Oui » ou un « Non ». Cela permet d’établir progressivement le dialogue avant de passer à des questions plus approfondies.
Tout au long de l’échange, il est recommandé de conserver une attitude sérieuse et respectueuse. Les provocations, les railleries et les moqueries sont considérées comme susceptibles d’attirer des présences jugées néfastes. Il est également déconseillé de poser des questions trop sensibles, notamment sur la date de sa propre mort. Ce type de question peut inutilement perturber les participants.
De même, mieux vaut éviter de demander à un esprit de se manifester physiquement — par un bruit, un coup frappé ou tout autre « signe » destiné à prouver sa présence —, au risque de rendre la séance plus difficile à maîtriser.
Au cours de la séance, la planchette peut parfois se déplacer très rapidement, au point que les opérateurs ne parviennent plus à suivre les lettres qu’elle désigne. C’est précisément pour cette raison qu’une troisième personne est chargée de noter les réponses au fur et à mesure, sans chercher à les interpréter ni à les corriger sur le moment.
Les messages obtenus peuvent parfois être difficiles à comprendre : mots abrégés, lettres inversées, suites apparemment incohérentes ou formulations inhabituelles. Il est donc préférable d’attendre la fin de la séance pour relire l’ensemble et voir si un message cohérent se dessine.
Enfin, il est essentiel de ne jamais considérer les réponses obtenues comme certaines. Dans la tradition spirite, certaines communications peuvent être trompeuses et l’identité annoncée par l’interlocuteur ne suffit pas à garantir qu’il s’agit bien de la personne qu’il prétend être. Il est donc important de rester attentif à la cohérence des réponses et de garder du recul sur les informations transmises.
III. La clôture de la séance et le bilan — La phase finale
La fin d’une séance de Ouija ne doit pas être négligée. Dans de nombreuses pratiques, elle constitue une étape à part entière, destinée à marquer clairement la fin du contact et à refermer la séance.
La première règle consiste à guider la planchette jusqu’au mot « GOODBYE » (« au revoir ») avant de retirer les mains.
Si l’esprit semble refuser de mettre fin à la séance, devient vulgaire ou continue à répondre, l’un des opérateurs peut reprendre volontairement le contrôle de la planchette, prononcer fermement « Au revoir » et la déplacer lui-même jusqu’à la case « GOODBYE ». Ce geste permet de marquer clairement la fin de la séance et de ne laisser aucune ambiguïté.
Dans certaines pratiques ésotériques inspirées d’Aleister Crowley, célèbre occultiste britannique du début du XXᵉ siècle, la séance peut se terminer par une formule appelée « Permis de partir » (License to Depart). Elle consiste à remercier l’entité pour sa présence tout en lui demandant de se retirer et de regagner son propre plan.
Ouija — Quand deux participants créent un message sans le savoir
Au fond, c’est peut-être là que le Ouija devient le plus intéressant. Car derrière l’impression très forte qu’une présence extérieure guide la planchette, la recherche scientifique propose aujourd’hui une autre lecture.
En 2018, les travaux menés par Marc Andersen et son équipe de l’université d’Aarhus, au Danemark, ont montré que les mouvements du Ouija pouvaient émerger d’une véritable action conjointe entre les participants. Pris séparément, chacun semble incapable d’anticiper la direction que va prendre la planchette. Mais lorsque leurs réactions sont observées ensemble, leurs mouvements oculaires et moteurs finissent par se compléter, jusqu’à produire des réponses cohérentes sans qu’aucun des deux n’ait le sentiment de les avoir volontairement construites.
Autrement dit, le Ouija pourrait agir comme une sorte de révélateur de nos mécanismes inconscients : chacun influence imperceptiblement l’autre, chacun sous-estime sa propre participation, et de cette interaction naît un message qui semble venir d’ailleurs.
Cela ne retire d’ailleurs rien à l’étrangeté de l’expérience. Au contraire. Car si la science permet aujourd’hui de mieux comprendre comment la planchette peut se déplacer et produire des mots, elle nous rappelle aussi à quel point notre cerveau est capable de créer, à plusieurs, des comportements complexes dont nous n’avons pas conscience.
Et c’est peut-être finalement cela, le véritable mystère du Ouija : pas seulement ce que l’on croit contacter à travers la planche, mais tout ce que nous ignorons encore de nous-mêmes.
👁️ Le mot « GOODBYE » referme la séance, mais rarement la curiosité. D’autres expériences attendent déjà d'être tentées.







