La photo du fantôme de Freddy Jackson - Une apparition entrée dans la légende

17 Oct 2026 | Articles

À la fin de la Première Guerre mondiale, une unité de la Royal Air Force se rassemble pour une photographie de groupe. À première vue, le cliché n’a rien d’exceptionnel. Des dizaines d’aviateurs et de mécaniciens, le visage grave, posent en rangs serrés devant l’objectif.

Pourtant, au dernier rang, derrière le quatrième aviateur en partant de la gauche, apparaît le visage d’un homme qui, selon la légende, n’aurait jamais dû figurer sur cette photographie… Contrairement à ses camarades, l’inconnu ne porte aucune casquette et arbore un sourire étrange.

Pendant des décennies, le cliché reste inconnu du grand public. En 1975, Victor Goddard, témoin de l’époque, revient sur cette étrange affaire dans son ouvrage Flight Towards Reality (« Vol vers la réalité »). Son récit contribue à faire connaître la photographie et à nourrir sa légende, jusqu’à en faire l’une des images de fantômes les plus célèbres du XXe siècle. Mais que montre-t-elle réellement ? La dernière apparition d’un mécanicien revenu rejoindre son escadron, une anomalie survenue au moment de la prise de vue ou une simple illusion d’optique ?

Une dernière photographie… et le visage d’un intru

Pour comprendre l’origine de cette histoire, il faut remonter aux mois qui suivent l’armistice du 11 novembre 1918. Dans les unités de la Royal Air Force, l’heure est désormais à la démobilisation et aux adieux. Avant que chacun ne retrouve la vie civile, les aviateurs et mécaniciens de l’unité de Victor Goddard se réunissent pour une photographie officielle.

Contrairement à ce qui a parfois été rapporté, la photographie n’aurait pas été prise par Goddard lui-même. Dans son ouvrage, l’officier explique que la séance s’est déroulée sur la base de Cranwell, dans le Lincolnshire, et qu’elle a été réalisée par la maison Bassano, un studio photographique britannique réputé à l’époque.

La séance s’achève sans que personne ne remarque quoi que ce soit d’anormal. Une fois développée, la photographie est exposée sur un panneau. Les militaires qui souhaitent en obtenir un exemplaire sont invités à y inscrire leur nom. C’est à ce moment-là qu’un détail attire l’attention de plusieurs membres de l’escadron.

Tout en haut de la photographie, juste derrière le quatrième aviateur en partant de la gauche, apparaît le visage d’un intrus. L’inconnu ne porte aucune casquette. Ses traits paraissent plus pâles et légèrement moins nets que ceux des autres militaires. Plus troublant encore, alors que tous affichent un air sérieux, il semble sourire.

Pour les témoins, aucun doute : il s’agirait de Freddy Jackson, un mécanicien de l’unité. Malgré la pâleur inhabituelle de son visage, ils reconnaissent ce sourire qui leur est si familier. Et puis, ils ont du mal à imaginer qu’un inconnu ait pu se glisser parmi les hommes de l’escadron sans être remarqué.

Sauf qu’il y a un sérieux problème… Freddy serait mort trois jours auparavant, après avoir été accidentellement heurté par l’hélice d’un avion en marche. Ses funérailles auraient même été célébrées le jour de la séance photographique.

Freddy Jackson aurait-il voulu les rejoindre une dernière fois ? Ignorait-il encore sa propre mort, comme le suggérera plus tard Goddard ?

À ce jour, les recherches historiques n’ont pas permis d’établir avec certitude les circonstances de l’accident, la date des funérailles ni même l’identité exacte du mécanicien. Un dossier militaire mentionne toutefois un certain George Frederick Jackson, mécanicien affecté à une unité de réparation aéronautique de la Royal Air Force. Selon ce document, il serait décédé dans un hôpital de Sheffield le 13 avril 1918, plusieurs mois avant l’armistice. Mais rien ne permet d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien du Freddy Jackson de la légende.

L’affaire Jackson, cinquante ans de silence

Pendant plus d’un demi-siècle, l’histoire du fantôme de Freddy Jackson reste inconnue du grand public. Et pour cause, la photographie ne serait jamais sortie du cercle des militaires de la base de Cranwell, premiers témoins de l’affaire.

L’histoire aurait probablement sombré dans l’oubli sans Victor Goddard. Né en 1897, cet officier britannique mène une brillante carrière militaire. Engagé pendant la Première Guerre mondiale, il rejoint la Royal Air Force et participe durant la Seconde Guerre mondiale à l’organisation des opérations aériennes en France.

Mais ce militaire de carrière nourrit également une véritable passion pour les phénomènes inexpliqués. Témoin de plusieurs expériences qu’il considère comme extraordinaires, il raconte notamment avoir vécu des événements défiant toute explication rationnelle. La plus célèbre remonterait à 1935. Alors qu’il survole l’aérodrome abandonné de Drem, en Écosse, une violente tempête éclate. À sa grande surprise, il découvre une base en pleine activité, avec des avions jaunes et des mécaniciens vêtus de bleu. Quatre ans plus tard, l’aérodrome est remis en service. Goddard affirme alors y retrouver les mêmes avions et les mêmes tenues que ceux qu’il avait aperçus en 1935, comme si l’avenir s’était matérialisé sous ses yeux.

En 1975, Victor Goddard publie Flight Towards Reality (« Vol vers la réalité »), un ouvrage dans lequel il relate plusieurs expériences extraordinaires, et en particulier, la mystérieuse apparition de Freddy Jackson sur une photographie de son escadron. Par ailleurs, Goddard affirme que le négatif de la photographie aurait été examiné à l’époque afin d’écarter tout risque de trucage. Sauf qu’aucun rapport d’analyse établi par un expert ne semble avoir été conservé. Plus problématique encore, le négatif original n’a jamais été retrouvé.

Plusieurs années après la publication du livre, un autre témoin, Bobbie Capel, qui figure, elle aussi, sur la photographie, affirme reconnaître formellement Freddy Jackson. Ses souvenirs confirment-ils pour autant qu’il s’agit bien de Freddy Jackson, ou ont-ils été influencés par le récit de Goddard ? Le doute subsiste. À première vue, aucun trucage n’est visible sur la photographie. Mais cela ne constitue en rien la preuve d’une apparition surnaturelle. Seule une expertise approfondie pourrait permettre d’en savoir davantage sur les conditions de la prise de vue et les éventuelles anomalies du cliché.

Encore faudrait-il disposer du négatif original. Or, dans l’affaire Freddy Jackson, les chercheurs ne disposent aujourd’hui que de reproductions, souvent recadrées, agrandies ou réalisées à partir d’anciens tirages.

Photographiée en 1919, cette image de l’escadron de Sir Victor Goddard aurait été publiée pour la première fois en 1975.

Les tentatives d’explication des sceptiques

Pour expliquer cette mystérieuse apparition, l’hypothèse de la double exposition est souvent avancée par les sceptiques. Dès le XIXᵉ siècle, certains photographes spirites employaient cette technique pour faire apparaître de prétendus défunts derrière leurs clients. Le procédé consistait à exposer deux fois une même plaque photographique afin de superposer deux images. Un effet semblable pouvait également être obtenu au moment du tirage, en combinant deux négatifs. Pourtant, dans le cas de Freddy Jackson, cette explication ne paraît pas entièrement convaincante. Contrairement aux spectres pâles et translucides des anciennes photographies spirites, le visage ne semble pas simplement superposé à l’image et paraît net, naturel et bien intégré à la scène.

Autre piste, celle d’un simple mouvement pendant la prise de vue. À l’époque, un déplacement lors du temps de pose pouvait rendre certaines parties de l’image floues. Un homme placé derrière la dernière rangée aurait ainsi pu bouger au moment de la photographie. Ses vêtements sombres se seraient alors confondus avec les uniformes des autres militaires, tandis que son visage, plus lumineux, serait resté visible. Le « fantôme » ne serait donc qu’un homme bien vivant, partiellement dissimulé et dont les contours auraient été brouillés par le mouvement.

Dernière piste, celle d’une photographie de groupe retouchée en laboratoire. À l’époque, certains studios photographiques combinaient plusieurs prises de vue pour corriger un visage flou ou une personne mal positionnée. Lors de cette opération, un visage provenant d’une autre image aurait pu être ajouté par erreur.

Plusieurs observateurs ont d’ailleurs remarqué une ressemblance entre les traits du supposé Freddy Jackson et ceux de l’aviateur placé juste devant lui.

Une dernière présence… ou une légende immortelle ?

👁️ Le mystère de Freddy Jackson n’est peut-être qu’une porte entrouverte sur d’autres récits inexpliqués.

 

 

Sources & références

Victor Goddard, Flight Towards Reality (1975) - Turnstone Books.

Goddard’s Squadron / The Ghost of Freddy Jackson - 1919

Fareham Borough Council, « History of Daedalus https://www.fareham.gov.uk/daedalus/daedalushistory.aspx[fareham.gov]

Studio Bassano et archives photo - National Portrait Gallery, Bassano Studio Portrait Collection https://www.npg.org.uk/collections/about/photographs-collection/bassano-studio-portrait-collection

AIM25, fonds d’archives Victor Goddard https://atom.aim25.com/index.php/goddard-am-sir-robert-victor-1897-1987-2[atom.aim25]