Le 33ème sens : la science explique enfin l’intuition (et la voyance ?)

8 Jan 2026 | Articles

La vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat et le goût... Ce modèle des cinq sens, hérité d'Aristote, est aujourd'hui remis en question par des chercheurs comme Barry C. Smith, philosophe et codirecteur du programme britannique de recherche sur nos capacités sensorielles Rethinking the Senses (2013-2017), ou encore le célèbre neuroscientifique Anil Seth.

Leur conclusion est sans appel : nous aurions en réalité entre 22 et 33 sens.​

Le programme Rethinking the Senses (repenser les sens) a montré que notre cerveau construit la réalité, et Anil Seth va encore plus loin : pour lui, ce que nous vivons est une « hallucination contrôlée ».
Dès lors, accéder aux informations filtrées — comme le fait un clairvoyant — n’a plus rien d’inexplicable : c’est le fruit d’un entraînement de nos sens endormis.

Je ne crois que ce que je vois ?

Faux

Vous croyez ce que votre cerveau vous autorise à voir !

À la manière d'un rédacteur en chef face à une avalanche d'articles, notre cerveau choisit les informations qu'il met à la « une » de notre conscience.

À chaque seconde, des milliers de stimuli sensoriels affluent vers notre système nerveux : sons ambiants, odeurs, position corporelle, tension musculaire, battements du cœur, rythme respiratoire, sensation de faim... Il va sans dire que notre cerveau, pourtant plein de bonne volonté, est dans l'incapacité de traiter toutes ces données simultanément.

Alors, il sélectionne en priorité ce qui est essentiel :  un bruit inhabituel, une douleur soudaine, un visage familier. Les informations restantes sont reléguées aux confins de notre conscience. Loin d'être inutiles, elles peuvent ressurgir en fonction de nos besoins ou même exercer, à notre insu, une influence sur nos comportements.

Résultat ? Notre perception du monde n'est jamais une copie fidèle de la réalité. C'est une version modifiée en temps réel par notre cerveau, qui filtre et ne retient que l'essentiel.

Les neuroscientifiques appellent ce mécanisme le « traitement prédictif ». Autrement dit, notre cerveau n’est pas un simple spectateur. Il anticipe, devine et interprète la réalité selon ce qu’il s’attend à voir, en se basant sur notre vécu. Une sorte d’interprétation prédictive, en somme. Ainsi, on ne devrait pas dire « Je ne crois que ce que je vois », mais « Je ne crois que ce que mon cerveau a bien voulu me montrer. »​

Imaginez que vous vous trouvez dans un café assez bruyant… Alors que vous discutez avec un ami, vous n’entendez en réalité qu’un mot sur deux. Pourtant, vous comprenez toute la phrase. C'est le travail de votre cerveau : en devinant les mots manquants, il a reconstitué le puzzle instantanément.

Partant de ce principe, si notre cerveau ne nous présente qu'une petite partie du réel, qu'advient-il du reste ? C'est là que le mystère commence. Si la science confirme le filtrage, on pourrait alors considérer que ces informations "filtrées" ne disparaissent pas et qu’elles continuent d’influencer nos comportements ou nos ressentis sans qu'on en ait conscience. Et si c'était ça, le secret de l'intuition ? »

Quant à la voyance, la clairaudience ou la clairsentience… ne pourrait-on pas y voir, tout simplement, une capacité à accéder consciemment à ces informations filtrées ?

Voyance :

et si c'était juste une expertise de certains signaux ?

Pour Barry C. Smith, capter ces informations invisibles demande une véritable expertise. Pour l'illustrer, il prend l'exemple de la dégustation du vin…Face à un verre, le néophyte garde surtout une impression générale : « j’aime » ou « je n’aime pas ». C'est flou, c'est superficiel.

L’œnologue, lui, va beaucoup plus loin. Là où le débutant ne sent que "du vin", l'expert décèle des notes de vanille, de cuir ou de fruits. Son cerveau a appris à identifier des indices subtils que l'autre ignore, comme un vieillissement en fût, des tanins soyeux ou la minéralité du terroir.

A-t-il des papilles “magiques” ? Non. Son cerveau a simplement été entraîné à transformer une sensation floue en analyse précise.

C’est ici que l’analogie avec les capacités psychiques devient passionnante. Là où l’œnologue s’entraîne à reconnaître avec précision des arômes ou encore l’origine géographique du vin en bouche, le voyant aurait développé une hypersensibilité à d’autres signaux “orphelins” : des variations infimes de champs électromagnétiques (Wi‑Fi, ligne à haute tension, néons qui grésillent,etc), des changements de pression atmosphérique (arrivée d’un orage, sensation d’air “lourd”, oreilles qui se bouchent en altitude, etc.) ou des micro-signaux émotionnels (hésitation dans la voix, respiration qui s’accélère, regard fuyant, etc.)

Ce que l'on appelle un "flash" ne serait alors que la traduction visuelle fulgurante, par le cerveau, d'une information sensorielle subtile. La voyance relèverait donc d'une attention extrême portée à ce que les autres filtrent.

Au-delà des 5 sens,

la révolution des 33 est en marche

Oubliez le club très fermé des cinq sens. Dans la nouvelle cartographie sensorielle dressée par Barry C. Smith, il existerait une trentaine de canaux de perception, et l'un d'eux pourrait bien être la clé de nos perceptions subtiles : L'intéroception. Autrement dit, l'écoute profonde de notre propre corps.

Considéré par Barry C. Smith comme une sorte de "radar" interne, ce sens longtemps ignoré s'active bien avant notre conscience. Pour lui, bien avant que l’esprit n'analyse un danger, le corps, lui, détient déjà l’information et réagit par des micro-signaux corporels — accélération cardiaque, boule au ventre, frisson dans le dos, mains moites, soif, fatigue, etc.

Ce sont précisément ces signaux que le neuroscientifique Antonio Damasio a baptisés les "marqueurs somatiques" dans son livre culte L'Erreur de Descartes (Odile Jacobs-1995 ). Selon lui, ces alertes physiques sont le socle de ce que nous appelons "l'intuition".

Mais la liste de Smith offre d'autres pistes pour expliquer le vécu des sensitifs, qu’ils s’agissent des voyants, des clairaudients ou encore des clairsentients  :

  • La Thermoception ( sens de la température) : Elle permet de sentir le chaud ou le froid sans aucun contact direct. Ne serait-elle pas la clé scientifique du fameux "courant d'air glacial" ressenti lors d'une manifestation, ou de la chaleur intense qui rayonne des mains d'un magnétiseur.
  • Le Sens de l'Agentivité : C'est le mécanisme qui certifie que c'est bien nous qui parlons, pensons ou écrivons. Mais comme le souligne Barry C. Smith, ce mécanisme peut momentanément s'interrompre.​ Un détail crucial qui validerait enfin le processus de l'écriture automatique. Lors de cet exercice, le médium ne triche pas. Dans son état de lâcher-prise total, il devient spectateur de sa propre main, confirmant ainsi qu'il est, à cet instant, un instrument guidé par une force extérieure.
  • La Chronoception (sens du temps) : Notre cerveau perçoit le temps qui passe, certes. Mais parfois, grâce à la chronoception, il s'affranchit de la chronologie habituelle. Le "déjà-vu", les prémonitions ou les flashs de voyance seraient simplement ces moments où ce sens se libère du présent pour capter des bribes du futur.​

Lorsque vous savez qui vous appelle avant même que le téléphone ne sonne, ou que vous avez la certitude d'avoir déjà vécu une scène exacte, votre cerveau a peut-être simplement anticipé l'événement.

Plus troublant encore, certaines recherches suggèrent que notre corps pourrait littéralement percevoir le futur immédiat grâce à cette alliance sensorielle. Une étude menée en 2004 par l'Institut HeartMath a montré que le rythme cardiaque ralentit significativement quatre à cinq secondes avant l'apparition d'une image choquante, comme si le corps anticipait l'événement.

Les sensitifs, seraient donc ceux qui écoutent ce décalage temporel et captent la réaction immédiate de leur corps —  thermique (chaleur), agentive (écriture) ou chronologique (prémonition)  — bien avant que la pensée n'ait eu le temps d'analyser quoi que ce soit.

"Avoir du flair", "sentir le vent tourner" ou "avoir froid dans le dos" : ce ne sont plus des métaphores, c'est de la neurobiologie pure.

Réveiller le 33ème sens - Mode d’emploi

La prochaine fois que vous avez une intuition, ne l'ignorez pas : c'est peut-être votre 33ème sens qui essaie de vous passer un message urgent.

Développer ces facultés psychiques consisterait donc à apprendre à écouter ce que notre cerveau ignore .

Il s'agit simplement d'accorder du crédit à ce que la raison ignore : un frisson inexpliqué, une certitude soudaine, une tension intérieure.  En réveillant ce "radar" sensoriel, on ne fuit pas le réel ; au contraire, on s'y connecte vraiment.

L'intuition cesse d'être un phénomène étrange pour devenir un message vital envoyé par l'intelligence de votre corps.

👁️ Une intuition, une vibration, une certitude… La suite vous guide vers ces signes qui échappent à la raison.

Sources & références

Sources Philosophiques et Scientifiques (Théorie Générale)

  • Barry C. Smith & le projet Rethinking the Senses :
    • University of London / School of Advanced Study : Pour son rôle de directeur de l'Institute of Philosophy et du Centre for the Study of the Senses.
    • BBC Radio 4 - "The Uncommon Senses: Interoception" : Émission de référence où il lie explicitement l'intéroception à l'intuition et aux "gut feelings".
    • Conférences TEDx / YouTube : Interventions où il explique que les 5 sens sont un mythe et parle des "33 sens" potentiels (équilibre, thermoception, etc.).

Neurosciences et Intuition (Les Mécanismes)

  • Antonio Damasio & les Marqueurs Somatiques :
    • L'Erreur de Descartes : La raison des émotions (Livre, 1994) : Ouvrage source définissant l'hypothèse des marqueurs somatiques (le corps qui sait avant la tête).
    • Études sur l'Iowa Gambling Task : Expériences prouvant la réaction physiologique (mains moites) avant la compréhension consciente d'une stratégie.

Parapsychologie et Anticipation Cardiaque (Étude Clé)

  • Institut HeartMath (Californie) :
    • Étude de 2004 (Electrophysiological Evidence of Intuition: Part 1. The Surprising Role of the Heart) publiée dans The Journal of Alternative and Complementary Medicine.
    • Auteurs : Rollin McCraty, Mike Atkinson, Raymond Trevor Bradley.
    • Protocole : Utilisation de l'IAPS (banque d'images standardisée) pour montrer la décélération cardiaque 4-5 secondes avant un stimulus émotionnel.
    • Site officiel HeartMath.org : Pour la mission de l'institut (cohérence cardiaque, intelligence du cœur).

Expertise Perceptionnelle (L'Analogie du Vin)

  • Études sur la plasticité cérébrale chez les experts :
    • Recherches générales en psychologie cognitive : Sur la capacité du cerveau à affiner la discrimination sensorielle par l'entraînement (exemple des sommeliers/œnologues cités par Barry Smith).

Vocabulaire et Concepts

  • Définitions médicales/biologiques :
    • Intéroception : Définition scientifique (perception de l'état interne du corps).
    • Nerf Vague : Rôle dans la transmission des signaux viscéraux au cerveau (80% des fibres sont afférentes).