Nous sommes en 1951. Un petit village du Gard est pris de démence : les habitants de Pont-Saint-Esprit perdent la tête, frappés d'un mal étrange dont l'origine n'a jamais été identifiée.
La France se relève à peine de la guerre. Les tickets de rationnement ont été supprimés il y a moins de deux ans, en décembre 1949. Dans ce pays encore marqué par les privations, on ne gaspille pas la nourriture – et surtout pas la farine, denrée si précieuse pendant l'Occupation. Cette mentalité de survie aura des conséquences tragiques.
Bilan : au moins 5 morts, plus de 30 personnes hospitalisées, des dizaines d'internés psychiatriques et près de 300 malades ! Ce qui débute comme une intoxication alimentaire collective culminera quelques jours plus tard en une nuit de pure folie !
Quand les salles d’attente débordent et que l’incompréhension s’installe
Nuit de l’Apocalypse à Pont-Saint-Esprit
Les salles d'attente des trois médecins de la ville sont pleines à craquer. De nombreux malades viennent consulter pour des problèmes digestifs : nausées, brûlures d'estomac, diarrhées. Nous sommes le 17 août 1951. Personne ne se doute encore du cauchemar qui s'annonce.
Les jours suivants, les symptômes s'aggravent et les malades consultent pour des fatigues importantes et des insomnies. 24 heures après, dans toute la ville : des crises hallucinatoires, les gens crient, se plaignent, courent, s'invectivent, certains sautent des fenêtres : « Ne me touchez pas, je suis une torche enflammée ! »
On voit des bêtes immondes, on s'imagine avoir mangé des serpents. Un chat fait des bonds « qui atteignent le plafond de la pièce ». Un homme se croit poursuivi par des bandits et se jette dans le Rhône.
Dans la nuit du 24 au 25 août 1951, la crise atteint son paroxysme. Les témoins la surnommeront '' La Nuit de l'Apocalypse''. Les médecins, débordés, sont contraints d'attacher les patients les plus violents avec des draps et des cordes pour les empêcher de se blesser ou de fuir. L'hôpital de Pont-Saint-Esprit se transforme en asile de fous. Des renforts médicaux affluent des villes voisines, mais rien ne semble pouvoir endiguer cette vague de démence collective.
Très vite, les soupçons se portent sur Roch Briand, le boulanger de la Grand-Rue dont le pain semble être le point commun entre tous les malades. La farine incriminée provient du moulin de Maurice Maillet, minotier à Saint-Martin-la-Rivière, dans la Vienne. Comment une farine apparemment ordinaire a-t-elle pu déclencher une telle catastrophe ?
La fréquence de ces symptômes mentaux délirants rappelle une maladie oubliée alors : le « mal des ardents », la maladie de l'ergot de seigle, un champignon parasite. Courante au Moyen Âge, la maladie a disparu en France depuis le XVIIIe siècle. Par ailleurs, l'ergotisme peine à expliquer tous les symptômes cliniques. De nombreuses hypothèses ont été avancées, telles que l'empoisonnement à l'ergot de seigle, l'ingestion d'eau pleine de fongicide, la présence de mycotoxines dans le blé, mais aucune ne s'est avérée convaincante.
Un journaliste américain prétend avoir percé le mystère : le village aurait été arrosé de LSD par la CIA pour une expérience secrète.
Du pain maudit aux programmes secrets...
Le scénario du pire
En 2009, à la faveur de son livre d'investigation A Terrible Mistake (« Une terrible erreur »), le journaliste américain Hank Albarelli affirme que « la CIA a plongé Pont-Saint-Esprit dans l'hystérie, testant secrètement les effets du LSD sur la population ».
Hank Albarelli s'appuie sur des documents déclassifiés qui mentionnent en effet « l'incident de Pont-Saint-Esprit » dans une conversation entre un agent de la CIA et le chimiste Albert Hofmann, le découvreur du LSD…
Selon cette théorie, l'opération serait liée aux programmes MK-Ultra et MK-Naomi de la CIA – des projets ultra-secrets de contrôle mental lancés dans les années 1950. MK-Ultra, dirigé par le chimiste Sidney Gottlieb, expérimentait les effets du LSD sur des sujets non consentants. MK-Naomi, son programme parallèle, développait des armes biologiques et chimiques en collaboration avec l'armée américaine.
L'ombre d'un homme plane sur cette affaire : Frank Olson, biochimiste travaillant pour la CIA sur ces mêmes programmes. En novembre 1953, deux ans après l'incident de Pont-Saint-Esprit, Olson fait une chute mortelle du 10ᵉ étage d'un hôtel new-yorkais. Suicide ? Meurtre ? En 1994, une seconde autopsie révèle une blessure crânienne suspecte antérieure à la chute. Olson aurait-il voulu parler ? Emporter des secrets gênants dans sa tombe ?
Albarelli mène une enquête sans vraiment fournir de preuves, mais en établissant de multiples connexions entre le village, la CIA et le LSD, mentionnés conjointement dans des notes, des transcriptions de conversations, etc.
Cette version pose de nouvelles questions sans réellement apporter de réponses.
« S'agit-il d'une expérimentation destinée à contrôler une révolte de la population ? » s'interroge Charles Granjhon, 71 ans aujourd'hui, qui habite toujours Pont-Saint-Esprit. « J'ai failli caner. J'aimerais bien savoir pourquoi. »
Les fantômes d’août 1951 hantent toujours Pont-Saint-Esprit
En 2010, à la faveur de son livre d'investigation A Terrible Mistake (« Une terrible erreur »), le journaliste américain Hank Albarelli affirme que « la CIA a plongé Pont-Saint-Esprit dans l'hystérie, testant secrètement les effets du LSD sur la population ».
Hank Albarelli s'appuie sur des documents déclassifiés qui mentionnent en effet « l'incident de Pont-Saint-Esprit » dans une conversation entre un agent de la CIA et le chimiste Albert Hofmann, le découvreur du LSD…
Albarelli mène une enquête sans vraiment fournir de preuves, mais en établissant de multiples connexions entre le village, la CIA et le LSD, mentionnés conjointement dans des notes, des transcriptions de conversations, etc.
Cette version pose de nouvelles questions sans réellement apporter de réponses.
S'agit-il d'une expérimentation destinée à contrôler une révolte de la population ? s'interrogent encore aujourd'hui les rares survivants de cette nuit tragique. En janvier 2025, Maurice, qui avait 9 ans à l'époque des faits, témoigne sur France 2. Il se souvient des récits glaçants de sa tante : « La rotation des ambulances, des sirènes dans la nuit… ». Plus de 70 ans après, le mystère reste entier – et ceux qui ont vécu l'enfer du pain maudit attendent toujours des réponses. »
Le Pain du Diable, un Mystère Sans Réponse
Ergot de seigle ? Mycotoxines ? Fongicides ? Expérimentation secrète de la CIA ? Plus de 70 ans après les faits, aucune de ces hypothèses n'a été définitivement prouvée – ni totalement réfutée.
Ce que l'on sait, c'est qu'en août 1951, un village paisible du Gard a basculé dans la psychose. Des hommes, des femmes, des enfants ont été victimes d'hallucinations terrifiantes. Cinq d'entre eux n'en sont jamais revenus.
Le boulanger Roch Briand, accusé puis blanchi, a vécu le reste de sa vie sous le poids du soupçon. Le minotier Maurice Maillet n'a jamais pu expliquer ce qui avait contaminé sa farine. Et quelque part, dans les archives classifiées de Langley, dort peut-être la vérité sur ce qui s'est réellement passé cette nuit-là.
Une chose est certaine : à Pont-Saint-Esprit, de tel pain, telle soupe selon le proverbe consacré !
👁️ Le dossier est refermé, mais les archives, elles, n’ont peut-être jamais tout dit.







