Mabel Chinnery et la photo du fantôme de la Banquette arrière

16 Déc 2025 | Articles

Par un dimanche ordinaire, le 22 mars 1959, une Britannique âgée de 48 ans photographie son mari assis dans leur voiture. Rien, à première vue, ne distingue ce cliché d'une scène familiale banale. Et pourtant, ce tirage en noir et blanc va devenir l’un des témoignages les plus troublants de la photographie spirite : à l’arrière du véhicule, une silhouette apparaît. Selon Mabel Chinnery, il s’agirait de sa propre belle-mère… récemment décédée.

Oubliez les vieux manoirs anglais, les légendes gothiques et leurs fantômes en armure : la véritable force de ce cliché réside dans son incroyable simplicité.

La photographie de Mabel Chinnery ne révèle pas l'ombre d'un fantôme anonyme, mais celle d'un être cher reconnu par un proche endeuillé. C’est cette présence familière qui confère à l’image toute sa force. Est-elle la preuve indiscutable d’un monde invisible, ou le fruit d’une illusion nourrie par le poids de l'absence ?

Un dimanche ordinaire… jusqu’à l’apparition

Pour tenter de répondre à cette question, il faut se replonger dans l’ambiance d’un dimanche de mars 1959, à Ipswich, en Angleterre. Mabel Chinnery est une femme en deuil : sa mère, Ellen Hammell, a été inhumée seulement une semaine plus tôt. Le cœur lourd, Mabel retourne au cimetière pour se recueillir et photographier la tombe en souvenir de ce dernier adieu.

Pendant que Mabel fleurit la sépulture, son mari, Jim Chinnery, l’attend patiemment dans la voiture stationnée un peu plus loin. Lorsqu’elle revient vers le véhicule, Mabel remarque qu’il reste une dernière vue sur sa pellicule. Elle saisit son appareil et prend une photo spontanée de Jim assis dans la voiture.

À travers le viseur, rien d’anormal : son mari est seul, la banquette arrière est vide, le soleil brille. Mabel rembobine son film et, quelques jours plus tard, l’envoie au développement, loin de se douter qu’elle vient de capturer l’une des photographies de fantômes les plus célèbres de l’histoire du paranormal.

En découvrant les photos, une proche de la famille remarque avec stupeur une silhouette assise à l’arrière du véhicule... Jim, qui n’avait rien remarqué jusque-là, reconnaît immédiatement sa mère : Ellen. Son cœur se serre — ce visage, il le connaît intimement. Le doute est impossible, d’autant qu’Ellen s’asseyait toujours de ce côté de la voiture, pour pouvoir lui parler et le regarder pendant qu’il conduisait…

La photographie ne va pas rester longtemps dans l’album familial. Un mois plus tard, le 20 avril 1959, elle est publiée dans le tabloïd Sunday Pictorial. Dans ses colonnes, Bill Turner, expert en photographie à Ipswich, déclare :  « Je mets ma réputation en jeu pour garantir l’authenticité de la photo. »
Il n'en fallait pas moins pour que le cliché fasse rapidement le tour du monde… et s’impose comme l’une des photographies du genre les plus célèbres de l’histoire du paranormal, entrée depuis dans la légende.

Analyse médico-légale et fantôme en voiture...

l’enquête scientifique d’un cliché culte

En 1985, le cliché de Mabel connaît son heure de gloire télévisuelle lorsque Arthur C. Clarke, l’auteur de 2001, l’Odyssée de l’espace, la met à l’honneur dans un épisode télévisé de son émission culte World of Strange Powers. L’objectif : soumettre la photo à une expertise scientifique rigoureuse, en mobilisant des technologies de pointe, notamment des logiciels de traitement, d'amélioration et de retouche numérique, afin de faire « parler » l'image et d’en révéler tous les détails.

Tim Newton et le Dr Steve Gull, experts légistes au sein du Home Office — une agence rattachée au ministère de l’Intérieur britannique, spécialisée dans les expertises scientifiques médico-légales (par exemple : analyses photographiques, reconstitution de scènes de crime, etc.) — sont chargés de cette mission.

Bien que l’image soit déconcertante et présente des caractéristiques étranges — notamment une ligne qui semble, à un endroit, traverser la silhouette, tandis qu’elle apparaît plus bas clairement devant celle-ci, ainsi que des proportions anormalement larges — la conclusion des experts privilégie une explication technique et naturelle. Ils suggèrent en effet qu’une prise de vue à très courte exposition, effectuée « quelque temps auparavant », a été superposée à la photo de la voiture; Un phénomène bien connu en photographie argentique.

Imaginez que vous écriviez une lettre sur une feuille de papier, puis que vous commenciez à dessiner par-dessus, sans en changer. Le résultat final mêlerait les deux éléments sur une seule page : c’est le principe du calque. En photographie, si l’on oublie d’avancer la pellicule après une prise de vue, l’image suivante vient s’imprimer sur la précédente, créant une superposition involontaire.

Dans le cas de Mabel, l’hypothèse avancée est qu’une ancienne photo de sa mère — peut-être prise à la maison — se serait superposée, par accident, à celle de Jim dans la voiture. Une conclusion issue d’une analyse rigoureuse, qui ne suffit toutefois pas à convaincre l’ensemble des observateurs… Le mystère perdure, porté par les controverses, les doutes… et quelques certitudes.

De gauche à droite : Eastman Kodak Brownie construit de 1900 à 1980- Article de The independant press telegram en date du 28/06/1959-Visuel du manuel du Brownie automatique distribué à partir de 1959.  Photographie X2 de M.Chinnery publié le 28/03/1959 dans le journal Sunday Pictorial

Enquête post-mortem : la vérité sur la photo fantôme en 2015

En 2015, Blake Smith, animateur de MonsterTalk — un podcast américain qui aborde les phénomènes paranormaux sous un angle sceptique et scientifique — se penche à nouveau sur ce dossier, désormais considéré comme une véritable énigme non résolue.

Smith oriente son enquête vers la technologie photographique de l’époque, en analysant le fonctionnement des appareils couramment utilisés par les amateurs dans les années – probablement un Eastman Kodak Brownie – connus pour ne pas disposer d’un système de sécurité empêchant de prendre deux clichés successifs sur la même pellicule.

Ses conclusions, publiées dans le magazine britannique Fortean Times, sont sans appel : l’apparition ne serait pas celle d’un fantôme, mais le résultat d’une double exposition (ou surimpression).

Madame Chinnery aurait, sans s'en apercevoir, pris deux clichés successifs sur la même portion de pellicule : le second montrant son mari dans la voiture, le premier une image antérieure de sa mère encore en vie.

Qu’importe l’explication… Le mystère reste vivant

Double exposition ou non, l’enquête — aussi sceptique soit-elle — n’enlève rien à la beauté de l’histoire. Pour Mabel et Jim Chinnery, cette photographie a été d’un immense réconfort, perçue comme un signe, une présence aimante au-delà du voile… La « preuve » que la mère de Mabel veillait encore sur eux.

Ce cliché s’inscrit dans une longue tradition de la photographie spirite, initiée au XIXe siècle avec William H. Mumler, et perpétuée à travers quelques images devenues iconiques. Parmi elles, la célèbre « Dame brune » de Raynham Hall, figée dans un escalier au cœur du Norfolk, ou encore l’énigmatique silhouette du moine de Newby Church, capturée en 1963 par le révérend Kenneth Lord.

Toutes ces photographies, si controversées soient-elles, possèdent ce point commun : elles donnent à voir ce que l’œil nu ne perçoit pas, mais que l’esprit, lui, devine ou espère.
Qu’elles soient le fruit d’une erreur technique, d’une illusion d’optique ou d’une manifestation véritable, ces images traversent le temps et continuent, en silence, d’éveiller notre curiosité… et notre besoin de croire.

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Sources & références

Fantômes – Time Life-1989

Émission TV TV de Arthur C. Clarke-Monde des pouvoirs étranges (World of Strange Powers)-Épisode – Fées, fantômes et photos fantastiques - ITV Networks-1985

Journal Le Réformateur de La dernière heure du 20/04/59 , (Reformador-Última Hora-20/04/59).

Blake Smith-Fortean Times-Podcast MonsterTalk-2015.