L’histoire ne manque pas de curiosités, mais peu d’entre elles résistent aussi bien à l’examen du temps que celle d’Ingersoll Lockwood.
Cet avocat new-yorkais — consul aux États allemands sous Lincoln avant de se consacrer à l’écriture — est aujourd’hui présenté par certains comme un auteur aux accents prophétiques ; mais a-t-il réellement prédit l’ascension de Donald Trump et de son fils Barron, plus d’un siècle avant les faits ?
À travers deux romans pour la jeunesse mettant en scène un enfant nommé « Baron Trump », guidé dans ses aventures par un érudit répondant au titre de « Don », et un pamphlet politique sombre publié en 1896 sous le titre : 1900, or The Last President - 1900 ou le Dernier Président, Lockwood y présente des correspondances de noms et de lieux particulièrement troublantes.
S’agit-il d’un simple hasard, d’une satire politique particulièrement bien construite, ou d’un phénomène plus mystérieux ?

Ingersoll Lockwood (1841-1918), à l'âge de 70 ans
''Le Petit Baron Trump'',
Quand un Roman pour Enfants de 1893 Défie la Raison
Le point de départ de cette affaire se trouve dans une série de romans pour la jeunesse publiés à la fin du XIXe siècle : Travels and Adventures of Little Baron Trump and his Wonderful Dog Bulger - Voyages et aventures du petit Baron Trump et de son merveilleux chien Bulger, paru en 1889, et Baron Trump’s Marvellous Underground Journey - Le merveilleux voyage souterrain de Baron Trump, publié en 1893.
À l’époque, ces récits, inspirés d’histoires imaginaires comme celle de la Terre creuse, étaient surtout destinés à distraire les jeunes lecteurs. Personne n’y voyait la moindre prophétie. Et pourtant…
La coïncidence la plus surprenante réside dans le nom du protagoniste : Wilhelm Heinrich Sebastian Von Troomp, plus connu sous le nom du '' Petit Baron Trump ''. Ce patronyme, quasi identique à celui de Barron Trump — fils cadet de Donald Trump — a d’entrée fait débat sur le forum Reddit en juillet 2017.
Au-delà du nom, les gravures figurant dans les éditions d'époque ont elles aussi alimenté le buzz. Elles représentent un jeune aristocrate dont la silhouette et la coiffure rappellent, selon de nombreux observateurs, les photographies de Barron Trump prises lors de la campagne électorale de son père.
Comme souvent dans ce type d’affaire, les avis divergent. Du côté des plus sceptiques, on souligne que le personnage se nomme Von Troomp, et non Trump : si la sonorité est proche, la ressemblance s’arrête là. À cela, d’autres rétorquent que Donald Trump a lui-même utilisé, dans les années 1980, le pseudonyme de ''John Barron'' pour communiquer discrètement avec des journalistes.
Dans le second roman, Baron Trump’s Marvellous Underground Journey (1893), le jeune héros ne part pas seul à l'aventure. Il est guidé par les instructions d'un manuscrit ancien rédigé par un érudit espagnol au nom fleuve : ''Don Constantino Bartolomeo Strepholofidgeguaneriusfum'', que le récit surnomme '' Don Fum ''. Ce '' Don '', personnage central du récit, a rapidement été interprété par certains comme une allusion à Donald Trump — le « Don » de la politique américaine contemporaine.
Le parallèle prend une dimension géographique lorsque le petit Baron Trump se rend dans le nord de la Russie — précisément dans les montagnes de l'Oural — pour y découvrir un portail menant vers un monde souterrain.
Pour qui cherche des signes, voir un personnage nommé Trump entreprendre une expédition en Russie accompagné d’un certain « Don » semble aller au-delà d’une simple coïncidence.
Pour les plus rationnels, il ne s’agit que d’une interprétation faite après coup : la Russie était, à la fin du XIXe siècle, une destination d’exploration romanesque tout à fait ordinaire, et les montagnes de l’Oural constituaient un décor d’aventure aussi courant que le pôle Nord ou l’Afrique équatoriale. C’est ce contraste qui rend l’affaire Lockwood si mystérieuse.
"1900 : Le Dernier Président"
Si les aventures du petit Baron Trump s’apparentaient à de simples récits pour enfants, le roman publié par Lockwood en 1896, intitulé 1900 ou le Dernier Président, s’adresse à un tout autre public. Ce roman dystopique décrit une Amérique divisée, plongée dans le chaos après l’élection d’un candidat controversé.
Un des éléments les plus souvent cités par les partisans de la thèse prophétique est la précision géographique du roman. Lockwood y décrit une ville de New York en proie à des émeutes, où des foules en colère déferlent dans les quartiers les plus huppés pour s’en prendre aux élites fortunées.
L’auteur précise que le ''Fifth Avenue Hotel - Hôtel de la Cinquième Avenue'' serait le premier visé. Nombreux sont ceux qui y voient un lien avec la "Trump Tower'', où résidait Donald Trump jusqu’en 2019, même s’il convient d’apporter une nuance souvent oubliée…
Les deux adresses partagent le même nom d’avenue, mais pas la même localisation. Au XIXe siècle, l’hôtel de la Cinquième Avenue se situait à l’angle de la 23e rue, dans le quartier de Madison Square, soit à plusieurs kilomètres au sud de la Trump Tower, qui se dresse à hauteur de la 56e rue. Mais l’idée demeure : Lockwood présente la Cinquième Avenue comme l'artère du pouvoir et de la richesse, cible naturelle de la vindicte populaire — et c’est sur cette même artère que Donald Trump a établi son fief.
La temporalité du roman semble elle aussi traverser les siècles. Et pour cause, une coïncidence calendaire retient aujourd’hui l’attention des lecteurs… Le récit de la chute de la République commence en effet la nuit du mardi 3 novembre — date restée gravée dans les mémoires comme celle de l'élection présidentielle américaine de 2020. Mais pour les historiens, cette coïncidence s’explique surtout au travers de l’aversion de l’auteur pour l’un des candidats de l’époque à la Maison Blanche.
La date du 3 novembre 1896 était réellement celle de l'élection présidentielle de cette année-là, qui opposait le républicain William McKinley au démocrate populiste William Jennings Bryan. C'est précisément Bryan — porte-voix de l’Amérique rurale, ennemi déclaré de la finance — que Lockwood prenait pour cible.
Son ouvrage décrit des manifestants rassemblés sous la bannière d’anarchistes et de socialistes, prônant la mort des capitalistes et la redistribution des richesses. Pour les sceptiques, ce tableau n’a rien de prophétique : il ne serait que la répétition des mêmes peurs et des mêmes fractures d’un siècle à l’autre.
Preuve supplémentaire de la prescience présumée de Lockwood, le texte original mentionne un certain « Lafe Pence », dont le nom n’est pas sans rappeler Mike Pence, vice-président du premier mandat de Donald Trump.
Lafe Pence, dont le nom est une contraction de « Lafayette » et « Pence », est, dans le roman, secrétaire à l'Agriculture d’un gouvernement imaginé de toutes pièces par l’auteur. La ressemblance entre les noms de Lafe et de Mike Pence, aussi surprenante soit-elle, ne suffit pas à prouver une intention délibérée de l’auteur de prédire des événements futurs ni à étayer l’idée d’une véritable prophétie.

Ovrages d’Ingersoll Lockwood, ''Voyages et aventures du petit Baron Trump et de son merveilleux chien Bulger'' - 1889, ''Le merveilleux voyage souterrain de Baron Trump''-1893, 1896-''1900 ou le Dernier Président''.
Les Notes Disparues de Nikola Tesla
La Piste du Voyage dans le Temps
Au-delà des ressemblances et autres coïncidences relevées dans les récits d’Ingersoll Lockwood, un autre personnage clé, John G. Trump (1907-1985), l’oncle de Donald Trump, est au cœur d’une théorie que même les sceptiques les plus convaincus peinent à écarter.
Tout commence le 7 janvier 1943, date du décès de Nikola Tesla, à l'âge de quatre-vingt-six ans. Dans les heures qui suivent, l'APC (Office of Alien Property Custodian, que l’on peut traduire par Bureau du séquestre des biens ennemis) saisit l'intégralité des notes, schémas et documents personnels de l'inventeur, craignant que certaines de ses recherches n'aient abouti à des technologies susceptibles d'intéresser des puissances ennemies — au premier rang desquelles le fameux « rayon de la mort » sur lequel Tesla affirmait travailler depuis des années.
L'ensemble de ces archives est confié pour analyse à John G. Trump, professeur au MIT (Massachusetts Institute of Technology - Institut de technologie du Massachusetts), ingénieur spécialisé dans les générateurs à haute tension et les accélérateurs de particules. Durant trois jours, ce chercheur de premier plan passe en revue les travaux de Tesla afin de déterminer s'ils recèlent des informations susceptibles de présenter un intérêt stratégique ou militaire.
Bien que son rapport officiel ait conclu que les écrits de Tesla étaient « principalement spéculatifs et philosophiques », sans révélation d’ordre militaire ou technologique immédiatement exploitable, le doute s’est installé, laissant des questions en suspens.
John Trump aurait-il eu accès à des documents ou à des plans que son rapport n’a jamais mentionnés ? Et si John Trump avait découvert, parmi les notes de Tesla, les plans d'une technologie liée au voyage dans le temps ?
Nikola Tesla lui-même affirmait travailler sur la compréhension de l'espace et du temps, et certains pensent que ces secrets auraient été conservés au sein de la famille Trump.
Selon cette théorie, les prophéties de Lockwood sur le petit Baron et le dernier président ne seraient pas des prédictions, mais des descriptions de faits déjà connus ou observés à partir de ces archives. C’est ce lien entre la science du XXe siècle et les romans ésotériques du XIXe qui se trouve au centre de l’énigme Lockwood.
Et si l'Auteur Avait Perçu les Crises du XXIe Siècle ?
Face à de telles correspondances entre les écrits de la fin du XIXe siècle et les événements du XXIe siècle, une question s'impose : sommes-nous devant un simple hasard statistique, devant la logique implacable d'une satire politique, ou face à un phénomène qui nous échappe encore ?
Si chaque coïncidence peut s’expliquer isolément — le nom, le mentor, la Russie, la Cinquième Avenue, la date du 3 novembre, le personnage de Pence — leur accumulation, elle, interroge. Dans le sillage de Carl Gustav Jung, certains y voient une « synchronicité », une coïncidence chargée de sens, sans lien de cause à effet.
Certains avancent que les grandes crises laissent une trace dans le temps, des « fréquences karmiques » que certains esprits seraient capables de percevoir. Par conséquent, Lockwood n’aurait pas simplement écrit une fiction, mais décrit des événements déjà inscrits dans une réalité encore inaccessible.
Son œuvre apparaîtrait alors comme un écho du futur, où l’histoire se répète. Intuition ou phénomène inexpliqué, le mystère Lockwood reste, pour l’instant, sans réponse.
Une chose est certaine, en écrivant pour son époque, Lockwood a créé un texte fondé sur des archétypes politiques durables, où chaque génération reconnaît son présent.
👁️ Le voyage du Petit Baron s'achève ici mais certaines vérités historiques ne se lisent qu'à la lumière des coïncidences.







